Littérature/Reste avec moi : Un récit qui peint les réalités de la femme africaine

Mars. En ce mois dédié à la femme, je décide de t’écrire cette missive. Je sais certainement que tu ne pourras pas la lire. Parce que c’est un peu trop inepte de m’adresser ou parler à un être de papier. Yejide, tu n’es qu’un personnage, un être inventé par l’écrivaine nigériane Ayobami Adébayo dans son roman Reste avec moi (Prix Les Afriques 2020, Stay with me, titre original en anglais). Mais je tiens quand même à te laisser ici ces quelques mots. En guise de compassion, très sincèrement.

Depuis que j’ai découvert toi et ton histoire, je n’arrive pas à m’empêcher de compatir à ta douleur. De faire hurler ma plume afin d’éviter à d’autres femmes dans ta situation de désespérer, de se laisser consumer par le poids de leurs souffrances, de se refuser le droit au sourire. Quelle vie de couple aussi funeste que la tienne ! Un amour parsemé d’épines, de mensonge, d’affliction, de douleur et de souffrance. Tu es l’image de toutes ces femmes souffre-douleur. Toutes ces femmes qui sont victimes de leur genre. Toi qui n’as eu aucune considération de la part de ta belle famille parce que toujours considérée comme stérile voire inutile. Toi à qui la belle famille ne pardonne rien.  Toi qui dois ton statut de femme à la procréation. Toi qui te sens coupable de tous les malheurs de ton foyer. Toi qui es la risée de tout le monde parce que n’ayant pas d’enfant. Toi qui as subi silencieusement toutes les injures et tortures de ta belle-mère. Toi qui, aveuglée par l’amour, as accepté supporter des années d’humiliation et de mensonge venant de ton époux. Toi qui as développé une grossesse psychologique parce qu’obsédée de tomber grosse pour se sentir femme. Toi qui as commis l’inceste en couchant avec ton beau-frère, le petit frère à ton mari. Toi, cette femme, qui es devenue le jouet entre son époux et son petit frère. Toi qui as perdu deux enfants pour cause de drépanocytose. Toi à qui le foyer est devenu un monstre dont il faut s’éloigner à tout prix.

Chère Yejide, il existe assez de femmes, totalement ou partiellement, dans ta situation. Ou même encore pire. Celles pour qui le mariage est devenu une sorte d’enfer. Celles pour qui le simple fait d’être femme est un crime, un péché. Celles qui tentent difficilement et vainement à se faire une place dans une société majoritairement patriarcale. Celles qui sont esclaves des hommes. Celles qui sont condamnées à toujours se taire et à tout subir. Celles qui se noient dans le plus macabre des silences. Celles qui souffrent juste parce qu’elles ont un cœur qui aime. Celles qui sont martyrs des autres. Celles qui sont toujours réduites aux tâches ménagères. Celles pour qui la vie est devenue une sorte de merde.

Cette missive est également destinée à toutes ces femmes. Yejide, je veux que tu m’aides à leur dire du courage. Aide-moi à partager avec elles ces merveilleux mots que je tiens de l’écrivain togolais Anas Atakora : « Une épreuve est à moitié surmontée lorsqu’elle trouve une oreille attentive. (Dis leur) Que dans la plus opaque des obscurités, il faut se faire entendre, parler sans considérer le faire parce que les actions issues de la dépression ou du désespoir sont généralement des points de non-retour ».

Cette lettre, chère Yejide, il faut l’envoyer à toutes ces femmes souffre-douleur pour qui l’existence d’une journée internationale de célébration de la femme n’a aucun sens et ne présage aucun espoir. Ne soyons pas des êtres par qui passera la douleur d’une femme. Cessons d’être des adjuvants de son malheur. Ne cautionnons pas sa souffrance. Traitons-la avec sensibilité, amour et tendresse. Soutenons-la. Ecoutons-la surtout. Faisons de nos foyers respectifs des cadres qui garantissent pour la femme un minimum de bonheur et de joie. Nous réussirons à éviter des pleurs et des tristesses si nous revalorisons la femme, si nous cessons de la martyriser, si nous cessons de la culpabiliser.

Chère Yejide, je te suis infiniment reconnaissant d’avoir accepté de dire à toutes ces femmes : rien n’est fini et ne finira « parce qu’il y a le soleil qui (les) attend pour inventer un autre monde (un nouveau monde) »         

La rédaction de cet article est inspiré du style de la chronique de la montagne  » Lettre à la cousine K » de l’écrivain Anas ATAKORA.

Isaac Kokou FAMBI, écrivain   

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